L'enfance politique de Noémi Lefebvre

Titre du roman: L’enfance politique
Auteur: Noémi Lefebvre
Date de sortie: 5 février 2015
Editeur: Verticales
Total de pages: 170
Genre: Fiction littéraire
Prix: 19,00 € lien ici ou 13,99 € lien ici


Résumé:
« Réfugiée chez sa vieille mère, Martine regarde des séries dans son lit sans rien faire. S’installe alors une régression en miroir, conflictuelle et fusionnelle, traversée d’autres épreuves : tentatives de suicide puis camisole chimique. À l’hôpital, Martine refuse de passer aux aveux pour guérir et se lance dans une archéologie de l’enfance politique : et si le trauma ne tenait pas à quelque secret de famille mais résultait des barbaries du XXe siècle? La violence qui l’a sidérée serait ainsi la poursuite de la guerre par d’autres moyens. Au lecteur de faire la part ici de ce qui relève de la confusion mentale ou de l’extralucidité. »



Avis: 
Je viens de finir cette lecture et je dois dire que j’ai beaucoup de choses à dire. Cette chronique sera différente des autres. Pour résumer, on se situe dans la tête de Martine. Elle nous raconte qu’elle vit chez sa mère et qu’elle est atteinte du syndrome de la clinophilie. Sur passeportsante.net, la clinophilie désigne le fait de vouloir rester toujours dans son lit, ou par extension, de rester chez soi et de ne plus vouloir, ou ne plus pouvoir sortir. Il ne s'agit pas d'une maladie en tant que telle, elle est davantage le symptôme de multiples pathologies psychiatriques. Dans ce roman, nous allons découvrir les pensées de Martine, mais aussi son lien avec sa mère et ses hallucinations à voir un chien, alors qu’elle n’en a pas.

J’ai eu du mal à rentrer dans le livre, car ce n’est pas le genre de livres que je lis d’habitude. Ce livre m’a été conseillé par une de mes professeurs et il faut dire que j’en suis ravie. Je l’ai dévoré en deux jours. Être dans la tête du personnage principal, Martine, m’a perturbé au début, mais j’ai vite pris goût. Elle est complexe et cela se ressent dans ce qu’elle écrit. Ses pensées sont brouillon. Elle fait des répétitions, change de sujet sans préparer le lecteur. Ses phrases manquent quelques fois de ponctuation, comme si ses pensées n’avaient pas de limites, ni de cadre. Ce roman se révèle être un long monologue de Martine, marqué non pas par le style littéraire, mais par l’oralité.

Martine a une quarantaine d’année et a une vie posée. Elle a deux enfants, un mari, une maison et un travail. Du jour au lendemain, elle quitte tout pour retourner chez sa mère. Elle revient au stade enfantin. On ne sait pas beaucoup sur sa vie d’avant. Elle omet volontairement ces détails pour montrer qu’elle veut gommer sa vie « d’avant ». À partir de ce retour, elle ne fait que dormir, manger, fumer et surtout, regarder des séries et documentaires à la TV. Une sorte de routine s’installe entre ses deux femmes de même sang. 

(Si vous ne voulez pas être spoiler, arrêtez vous à là, sinon continuez) 
Elle détaille sa relation avec sa mère : à la fois l’amour qu’elle lui porte, mais aussi sa colère face à sa gentillesse. Elle accepte que Martine revienne chez elle et lui laisse même son lit, quitte à dormir sur le fauteuil. Au fil des pages, on apprend à connaître la mère dans les yeux de Martine : une mère douce, mais aussi vulgaire… Le père de Martine n’a pas sa voix dans l’histoire, car on apprend très tôt qu’il est mort. Elle relie sans cesse son père avec la guerre d’Algérie. On apprend qu’il a combattu dans cette guerre, mais on ne sait pas s’il est mort là-bas ou pour une tout autre raison. Sa mère a donc une place importante dans ce livre. Martine va rejeter la faute sur sa mère par rapport à sa vie, mais aussi son échec. 

Suite à ça, elle parle d’elle et de sa « maladie » Elle ne se dit pas qu’elle est malade. Elle nie la vérité pour s’installer dans une sorte d’imaginaire. Elle fait plusieurs tentatives de suicide, se retrouve à l’HP (hôpital psychiatrique) à la demande de sa mère. Elle revient sur ses rêves, souvenirs qui sont entremêlés et évoque un viol politique dont elle ne se souvient plus et qui peut être à la racine de ses problèmes actuels. Elle n’en parle que vaguement. Dès sa sortie de l’HP, elle va devoir changer et se reprendre en main.

J’ai énormément apprécié l’histoire, l’écriture de Noémi Lefebvre et le sujet. Pendant tout le roman, je n’ai plus été moi, mais Martine, une femme de quarante ans qui n’aime pas la société et préfère le cocon familial. C’est un coup de coeur et je le conseille les yeux fermés. 

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